Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Jean-Philippe Tanguy (Debout la France) : « La région doit aider les entreprises et cesser de les emmerder. »

Poertrait

A 29 ans, Jean-Philippe Tanguy, tête de liste Debout la France, se lance dans la course aux élections régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Dans une région où le taux de chômage est supérieur à 12 % de la population active, le jeune protégé de Nicolas Dupont-Aignan s’attaque au problème des transports, de l’emploi tout en fustigeant les dépenses politiques.

Priorités. Si vous êtes élu, quelle sera la mesure prioritaire de votre mandat ?

L’emploi et les inégalités territoriales sont les grandes urgences de notre région, aggravées par la fusion incohérente entre la Picardie et le Nord Pas De Calais. Pour réussir, il faut changer de philosophie générale, à savoir ne pas tout concentrer sur la métropole de Lille mais bien répartir les investissements. Les marchés publics doivent être réservés aux agriculteurs, artisans, PME et entreprises qui investissent et créent des emplois dans notre région à qui il faut réserver tous les marchés publics. De la même façon il faut interdire aux entreprises qui travaillent avec la région d’employer des « travailleurs détachés », ces employés étrangers qui ne paient pas de charges sociales en France et constituent une concurrence déloyale insupportable. Le phénomène a déjà détruit 500 000 emplois en France

Le phénomène des travailleurs détachés a déjà détruit 500 000 emplois en France.

Investissements. Dans quels domaines consentirez-vous à investir en priorité ?

Développer les filières d’avenir. La destruction de l’industrie a été une folie. L’Allemagne, la Suisse ou le Japon ont réussi à sauver leur industrie en investissant dans les machines, l’innovation et surtout la formation ! On ne va pas revenir en arrière, il faut donc investir dans les usines du XXIème siècle et dans les filières d’avenir. Elles sont nombreuses en Picardie et Nord Pas-de-Calais, encore faut-il faire travailler ensemble nos trois forces vives, à savoir l’industrie, l’agriculture et les métiers de la mer : la chimie verte et les bio-carburants, la filière du lin, les énergies marines ou le nucléaire de 4ème génération pour recycler les déchets. Il y a beaucoup à faire !

et dans le domaine de la formation ?

Il faut révolutionner la formation initiale et professionnelle. Les dépenses en formation doivent être investies selon les bassins d’emplois et les besoins réels des entreprises. Par ailleurs, il faut créer un « contrat de la deuxième chance professionnelle »  afin que chaque personne qui veut s’en sortir et qui n’a pas pu finir ses études ou qui veut changer de métier puisse bénéficier d’une formation lui permettant de le faire. Autre révolution, les métiers dits « manuels » doivent être reconnus comme des filières d’excellence, aussi bien pour l’industrie que pour l’artisanat.

Votre programme pointe aussi la question des transports.

Tous nos réseaux sont saturés et/ou dégradés. Se déplacer en voiture ou en train est tout simplement devenu un enfer, avec des temps de trajet inacceptables mais aussi des horaires de train qui gâchent la vie personnelle, voire professionnelle des habitants. Nous avons même des entreprises et des habitants qui quittent la Picardie ou le Nord Pas-de-Calais uniquement à cause des conditions de transport. Avant de faire des plans sur la comète sur des nouvelles gares souterraines à Lille qui vont coûter un milliard d’euros, il faut investir dans l’amélioration urgente de l’existant, la rénovation des lignes et des matériels. Il faut aussi redéployer du personnel vers la conduite, l’entretien et la présence à bord des trains pour augmenter la sécurité dans les transports, réduire drastiquement les incidents et les indisponibilités de matériel. En terme de sécurité, je m’engage à créer une police des transports dans nos deux régions, et remplacer les contrats précaires de surveillant dans les lycées par des vrais personnels qualifiés pour assurer l’autorité dans les établissements. Il faut aussi développer la vidéo-protection et aider les communes à investir dans le matériel pour protéger leurs habitants.

Nous avons même des entreprises et des habitants qui quittent la région uniquement à cause des conditions de transport.

Économies. A l’inverse, quelles seront les deux principales réductions de dépenses que vous souhaitez mettre en place ?

C’est très simple, nous refuserons toutes les dépenses politiques, notamment en refusant l’alignement des indemnités des conseillers régionaux par le haut prévu par les socialistes. Je diviserai par deux le nombre de vice présidents qui devront rendre des comptes précis sur une mission donnée : les élus qui ne sont pas présents et/ou qui ne travaillent pas ne seront pas payés. Les subventions clientélistes et communautaires seront intégralement supprimées. Il faut en finir avec le saupoudrage sur tout et n’importe quoi. Enfin, il faut réaliser des économies d’échelle sur les grands projets en cours. On peut diminuer drastiquement le coût du projet du Grand Canal Seine Nord, en optimisant le tracé existant, ou le projet de Réseau Express Grand Lille sur lequel on peut économiser le prix astronomique des gares souterraines.

Je diviserai par deux le nombre de vice présidents qui devront rendre des comptes précis sur une mission donnée.

Aides aux entreprises. Les Régions disposent désormais de la compétence exclusive des aides aux entreprises. Dans ce domaine quelle sera votre action prioritaire ?

Toute aide aux entreprises doit être liée à un investissement sur la région. La région ne subventionnera plus des multinationales qui investissent à l’autre bout du monde. L’urgence est d’aider les TPE et les PME à grandir. La région doit utiliser les marchés publics pour développer l’emploi local, en les réservant aux entreprises qui investissent et emploient dans la région. Prenons l’exemple du Canal Seine Nord, si on fait comme l’UMP et le PS avec le terminal méthanier de Dunkerque, les habitants vont financer un immense chantier pour engager des travailleurs détachés des pays de l’Est qui ne paient pas de cotisation en France ! Nous refuserons catégoriquement de telles pratiques déloyales. Enfin, la région doit effectivement aider les entreprises et cesser de les emmerder. Et je pèse mes mots. Le tissu de normes et de paperasserie est devenu insupportable. Dans l’apprentissage notamment, il faut tout faire pour faciliter les choses et que les entreprises se concentrent sur leur travail. Aujourd’hui un apprenti-boucher n’a plus le droit d’utiliser un couteau et un apprenti-couvreur ne peut monter sur une échelle, c’est délirant

La région doit aider les entreprises et cesser de les emmerder. Le tissu de normes et de paperasserie est devenu insupportable.

Attractivité. Dans ce nouvel échiquier des régions, quel est (ou quels sont) votre concurrent direct sur le plan de l’attractivité économique ?

Nous sommes entre la mégapole parisienne et le Benelux. Il faut faire très attention. Par exemple le canal Seine Nord peut être une grande opportunité pour notre région. Mais il peut aussi créer une hémorragie de notre production et de notre commerce vers les ports de Hollande ! Une fois encore, l’UMP et le PS dépensent sans réfléchir. Pour réussir le canal, il faut travailler en amont avec les bateliers français et les entreprises, sinon ce sera un immense gâchis. Lille ne doit pas cacher les difficultés et l’abandon actuels des autres territoires comme le bassin minier l’Avesnois, le Dunkerquois ou la Picardie. La région doit jouer un rôle d’aménagement intelligent et équitable du territoire pour en faire une force et cesser de saturer la métropole lilloise. Plus on concentre tout sur Lille, plus les autres territoires sont abandonnés sans résultat et en plus les Lillois voient leur qualité de vie se dégrader, tout le monde est perdant. Alors qu’en investissant dans les atouts de chacun, tout le monde peut être gagnant.

Numérique. Toutes les régions veulent devenir des Silicon Valley françaises. Quels sont/seront les arguments de votre région dans ce domaine ?

Déjà, on se trompe complètement de philosophie et d’ambition en voulant toujours copier les autres. Quand les Américains ont créé la Silicon Valley, ils n’ont pas copié leur voisin, ils sont partis de leurs propres atouts, de leurs propres forces et de leur vision. La philosophie de l’innovation et des ruptures technologiques, c’est d’avoir une vision et un temps d’avance. Or si on copie un modèle qui existe déjà, on est déjà en retard ! Il y a beaucoup de com’ et de baratin dans ce domaine. Les hommes politiques pensent qu’il suffit de louer un garage, d’acheter des meubles design et de faire un chèque pour créer des start-ups innovantes ! On ne décide pas l’innovation à place des chercheurs, des ingénieurs et des entrepreneurs, on leur donne les moyens de réaliser leurs idées. Tout d’abord, il faut que les infrastructures suivent. La priorité est d’installer vraiment l’internet très haut débit sur tout le territoire. Cela permettra par exemple de développer le télétravail mais aussi de permettre à des entreprises de travailler en dehors des grandes agglomérations où les loyers sont plus chers. Ensuite le financement. Nous créerons un fonds qui permette aux étudiants et aux jeunes de lancer leurs projets, même s’ils sont encore en étude et sans piston. Enfin, il faut que les ingénieurs et les chercheurs puissent valoriser leurs découvertes. En bref, la région doit être un support pour laisser les entrepreneurs se concentrer sur leur créativité plutôt que la paperasse.

Les hommes politiques pensent qu’il suffit de louer un garage, d’acheter des meubles design et de faire un chèque pour créer des start-ups innovantes !

Personnalité politique. Quelle est la personnalité politique (vivante ou décédée) dont vous vous sentez le plus proche ?

Nicolas Dupont-Aignan bien sûr. Il veut relever la France par le haut, en faisant confiance aux forces de la France et aux atouts des Français, dans la lignée de Charles de Gaulle et Philippe Séguin.

Ennemi. Quel est votre meilleur ennemi politique ?

Dès que quelqu’un d’Europe Ecologie parle, un chaton meurt.

Voyage, voyage. Pour vous, “rendez-vous en terre inconnue” en version politique, ce serait quelle destination ?

Si j’étais à l’UMP, j’aurais l’impression d’être chez les Socialistes. L’UMP/Républicains a baissé le pantalon devant la gauche depuis trop longtemps.

Artiste. Pour quel artiste de votre région avez-vous un coup de cœur ?

La jeune Louane est très prometteuse.

Sport. Quel est votre sport favori ?

Difficile de choisir entre la natation et le karaté !

Gastronomie. Quelle est votre formule régionale “entrée/plat/dessert” préférée ?

Une ficelle picarde en entrée, une moule frite et un Merveilleux de Lille ! Avec un peu de bière !

 

Dossier Régionales 2015 :

Chaque jour, découvrez les candidats tête de listes aux prochaines élections régionales qui se dérouleront les 6 et 13 décembre prochains.


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